Semaine anti-carcérale : programme / infos pratiques (mis à jour le 28/02)

La semaine anti-carcérale est dans moins d’un mois ! Elle aura lieu du 2 au 8 mars 2020 dans l’ancienne gare de Luméville, près de Bure, lieu d’une lutte contre un projet de centre d’enfouissement de déchets nucléaires.

L’idée est de prendre le temps de se rencontrer, entre personnes et groupes de différents pays, d’avoir des moments formels et informels de discussions, des ateliers, des projections de films, des lectures. Vous pouvez venir à la semaine avec vos propres propositions, en nous informant à l’avance ou non. Les infokiosques sont également les bienvenus.

Continue reading

Posted in General | Leave a comment

Kévin est sorti-e de prison !

Aujourd’hui (18 février), Kévin vient d’être libéré-e de prison ! Iel était incarcéré-e depuis en juillet 2019 au centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville pour non-respect de son contrôle judiciaire, dans le cadre de l’enquête d’instruction pour association de malfaiteurs. Après sept mois de détention provisoire, iel est enfin sorti-e ! Iel reste cependant en contrôle judiciaire.

Posted in General | Leave a comment

Situation légale pour la semaine anti-carcérale

Salut,

Avec la semaine anti-carcérale qui arrive dans moins d’un mois, on pensait faire un petit point sur la situation légale autour d’ici. À cause du contexte particulier de l’endroit et de l’évènement, on pense que c’est important que tout le monde soit au courant des risques que peut impliquer le fait de venir ici.

Depuis 2017, un esquadron de gendarmes mobiles est présent en permanence sur la zone pour surveiller les opposants au project Cigéo (voir cette page pour plus d’informations sur le projet). Les flics patrouillent régulièrement la route qui mène au lieu de l’évènement, ainsi que la plupart des routes des villages autour. Parfois lors des évènements, ils font aussi des contrôles routiers statiques à certains endroits.

L’endroit de l’évènement – l’ancienne gare de Luméville – est un endroit légal, qui a été acheté par des opposants il y a des années, donc normalement les flics ne peuvent pas entrer. Cependant, dans l’histoire récente, ils ont envahi l’endroit à deux reprises. En 2017, une série de perquisitions a ciblé plusieurs lieux, dont le lieu de l’évènement, dans le cadre d’une enquête pour « association de malfaiteurs ». En 2018, l’endroit de l’évènement a été envahi par les flics, après une altercation avec des vigiles près de l’évènement – d’après les flics, des personnes ont frappé un vigile et jeté une pierre avant de revenir sur le lieu.

Plus plus d’informations sur ce qui peut se passer quand on est contrôlé par des flics français, depuis un simple contrôle d’identité jusqu’à la garde-à-vue et les procès, vous pouvez lire le brief légal dans le contexte de Bure (en français, anglais, italien, et allemand).

Un numéro de téléphone sera publié sur ce site web un peu avant l’évènement. Vous pourrez appeler ce numéro pour soit demander, soit fournir des informations sur l’activité des flics dans la zone.

Vous pouvez nous contacter si vous avez des questions ou des besoins spécifiques par rapport à ce sujet.

On va bientôt publier un nouvel article pour donner plus d’informations sur le programme de la semaine.

À bientôt,

L’Anarchist Bure Cross

Posted in General | Commentaires fermés sur Situation légale pour la semaine anti-carcérale

Des affiches pour la semaine anti-carcérale

  • Vous pouvez faire un clic gauche sur une affiche pour la voir en grand.
  • Puis clic droit et « Enregistrer sous » pour la sauvegarder sur votre ordinateur.
Posted in General | Commentaires fermés sur Des affiches pour la semaine anti-carcérale

Précisions sur la semaine anti-carcérale de mars

La semaine anti-carcérale aura lieu près de Bure, sur le terrain de l’ancienne gare de Luméville, du 2 au 8 mars 2020. L’idée est de prendre le temps de se rencontrer, entre personnes et groupes de différents pays, lors de temps formels et informels de discussions, d’ateliers, de projections de films…

Un premier brouillon de programme a été imaginé, il évoluera et se précisera dans les semaines à venir. Les thématiques, susceptibles d’évoluer (n’hésitez pas à nous contacter si vous avez des suggestions), seraient les suivantes :

  • Répression et anti-répression
  • (No)Borders
  • Questions de genre, LGBTQ+, prisons pour femmes
  • La cavale + discussions hors thématiques
  • Abolition de la prison (discussions autour de visions anarchistes de la justice, la loi, le crime, la punition)

On a aussi envie de prévoir des temps de lecture de correspondances avec des personnes en prison et des ateliers d’écriture aux détenu.e.s. Chacun-e est bienvenu-e à proposer un atelier et vous pouvez nous contacter pour l’annoncer ou si vous avez des besoins spécifiques, qu’ils soient personnels ou techniques.

On a envie de porter une attention particulière à la traduction lors de la semaine. On aimerait assurer des traductions lors des discussions, au moins en français et anglais, et si possible en allemand, polonais et italien.

Une cantine vegan, à prix libre et participative, sera organisée du lundi midi au dimanche soir. Pour dormir, il y aura des places dans des dortoirs et des caravanes, et la possibilité de dormir en tente ou en camion sur le terrain (il y a de la place !).

Le terrain accueillant la semaine anti-carcérale est relativement plat mais pas très accessible aux personnes en béquilles/fauteuils. Si vous avez des besoins particuliers à ce niveau là, vous pouvez nous contacter.

Par ailleurs, le terrain n’est pas raccordé aux réseaux d’eau et d’électricité. Il y a des panneaux solaires – notamment pour l’éclairage et les projections de film – mais l’électricité disponible sera limitée.

La zone autour de Bure est assez surveillée, et les patrouilles de gendarmes sont très fréquentes. Les contrôles routiers s’intensifient souvent lors des évènements annoncés publiquement. Avant de venir, vous pouvez consulter le brief légal en contexte burien (également disponible en anglais, allemand et italien).

N’hésitez pas à partager cet événement avec d’autres personnes qui pourraient être interessées. Vous pouvez aussi envoyer des lettres à des prisonnier-es pour les inviter à contribuer par lettres.

On se voit en mars !

Anarchist Bure Cross
anarchistburecross.noblogs.org
aburecross@riseup.net
bureburebure.info

Posted in General | Commentaires fermés sur Précisions sur la semaine anti-carcérale de mars

Loïc a été libéré ! (sous contrôle judiciaire)

Notre ami Loïc, emprisonné à Nancy puis Hambourg depuis août 2018, a été libéré ce soir ! Il doit se présenter deux fois par semaine à la police d’Hambourg. Le ministère public n’a pas déposé de recours. Son procès devrait durer jusqu’à avril 2020.

Pour rappel, le site de soutien à Loïc : La neige sur Hambourg

Posted in General | Commentaires fermés sur Loïc a été libéré ! (sous contrôle judiciaire)

Semaine anti-carcérale 2-8 Mars 2020

Du 2 au 8 Mars 2020, il y aura une semaine anti-carcérale dans la région de Bure, lieu d’une lutte contre le projet de centre d’enfouissement de déchets nucléaires.

Il y aura des discussions sur la répression, l’industrie de la prison, les personnes non mec-cis en prison, les frontières, la surveillance, etc, avec différents collectifs.

Chacun-e est bienvenu-e à proposer un atelier et vous pouvez nous contacter pour l’annoncer ou pour demander des besoins spécifiques, qu’ils soient personnel ou technique.

La traduction sera prévue (les langues seront précisées plus tard).

N’hésitez pas à partager cet événement avec d’autre personnes qui pourrait être interessées. Vous pouvez aussi envoyer des lettres à des prisonnier-es pour les inviter à contribuer par lettre.

Le programme et d’autres informations seront publiées plus tard.

On se voit en Mars!

Anarchist Bure Cross
https://anarchistburecross.noblogs.org/
aburecross@riseup.net
bureburebure.info
Postal : Anarchist Bure Cross, 2 rue de l’Église, 55290 Bure

Posted in General | Commentaires fermés sur Semaine anti-carcérale 2-8 Mars 2020

Relance de l’Anarchist Bure Cross

Après plus d’un an d’inactivité, on est quelques personnes de Bure & alentours à avoir envie de relancer le site web et les activités de l’Anarchist Bure Cross. Dans les jours/semaines qui viennent, le site web devrait être mis à jour et traduit dans d’autres langues que le français. Ci-dessous, un petit résumé de ce qui s’est passé dans le coin en terme de répression depuis les dernières mises à jour du site.

Les dernières « journées contre la taule et la répression » étaient organisées à la Maison de Résistance à Bure les 15 et 16 mars 2018, environ un mois après l’expulsion du bois Lejuc, occupé à l’époque depuis un an et demi. Quelques jours après ces journées contre la taule, deux copaines étaient d’ailleurs condamné.e.s à des peines de prison – respectivement 4 mois avec sursis et 3 mois ferme – pour des faits en lien avec cette expulsion.

En août 2018, notre ami Loïc est arrêté après plusieurs semaines de cavale (cavale qu’il avait revendiquée dans un texte publié sur Internet). Il était visé par un mandat d’arrêt européen en lien avec le contre-sommet du G20 à Hambourg. D’abord emprisonné à Nancy-Maxéville, il est extradé en Allemagne en octobre 2018. Il est en détention préventive dans une maison d’arrêt à Hambourg depuis cette date. À son sujet, on pourra lire des nouvelles de son procès datées de décembre 2018 et février et juillet 2019. Et aussi des poèmes de Loïc parus en août, et un texte qui nous est parvenu en octobre.

En février 2019, une copaine a été condamnée à trois mois ferme pour une histoire d’outrage sur voiture de gendarmerie.

Et puis en juillet dernier, au même moment qu’une réoccupation-éclair du Bois Lejuc, notre ami.e Kévin est arrêté.e et emprisonné.e pour non-respect de son contrôle judiciaire (interdiction de territoire). Son contrôle judiciaire vient de sa mise en examen dans une enquête pour « association de malfaiteurs » qui vise plus d’une dizaine de personnes en lien avec Bure depuis 2017. Iel est depuis en détention préventive (c’est la seule personne visée par cette enquête à être en prison, les autres sont sous contrôle judiciaire).

En septembre, à la veille d’une manifestation à Nancy contre le projet Cigéo, la prison de Nancy-Maxéville est attaquée avec de la peinture, des vitres cassées, des fumigènes et des feux d’artifice. Un communiqué paraît quelques jours plus tard et revendique l’action.

En mars 2020, on a envie d’organiser de nouvelles journées anti-prison dans le coin. Un article sera bientôt publié avec plus d’infos à ce sujet.

Pour plus d’infos :

 

Posted in General | Commentaires fermés sur Relance de l’Anarchist Bure Cross

(2018) Contre la prison : rencontrons-nous les 15 & 16 mars à Bure, le 17 à Nancy !

Parce que le système repose sur le système de dominations en place, et permet de le conserver : racisme, agisme, sexisme, classisme….

Parce que ce système est riche en institutions judiciaires et punitives : tribunaux, comissariats, prisons, établissements pour mineurs, structures psychiatriques, armée…. Et parce qu’en parallèle les rôles de contrôle social et de punition sont donnés et de plus en plus aux structures dites « sociales » : pôles emplois, écoles, maisons de retraites…

Parce que ce système est chargé en histoire pour le développement de nos sociétés impérialistes et capitalistes. Parce que le nucléaire n’a pu se développer que grâce aux institutions de répression.

Parce que ces structures servent à réprimer nos luttes et nos vies. Mais surtout qu’elles sont le quotidien de celleux qui n’ont pas la bonne gueule, le bon accent, le bon âge ou le bon quartier de naissance.

Parce que la justice n’est pas qu’institutions, mais qu’elle se manifeste aussi dans nos façons d’être et de s’organiser (par le système punitif par exemple).

Parce que toute forme d’enfermements est intolérable (pour les humain.es ou les non-humain.es – à bas toutes les cages, laisses et autres zoos).

Parce que la répression ne doit pas être un quotidien (en prison, dans les quartiers, ou autres endroits qui recherchent une indépendance de l’Etat).

A l’heure ou de plus en plus de gravitant.es de la lutte antinucléaire (et pas que) burienne se retrouve incarcéré.es, mutilé.es, privé.es de leurs déplacement. Mais parce que nous voulons élargir l’analyse sur ce système de contrôle, nous invitons à 3 jours de discussions sur ces questions.

 

AU PROGRAMME

*Jeudi 15 et vendredi 16, à la maison de résistance, Bure :

Jeudi
10h Discussion générale sur la taule
13h30 Atelier d’écriture et de dessin sur la question carcérale et/ou à destination des copaines en détention
16h Emission de radio (enregistrement) et/ou continuité de l’atelier précédent
Le soir : Proj (à préciser) & discut sur les femmes en prison

Vendredi
10h Atelier théâtre
13h30 Débat mouvant sur l’enfance & l’enfermement de l’enfance
16h Arpentage (forme de lecture collective d’un texte) de Milot l’incorrigible avec des membres du collectif qui l’a écrit,
Le soir : à préciser

Si tu veux proposer un atelier, une discussion etc, n’hésites pas ! Envoie un mail à aburecross(at)riseup.net

*Samedi 17, au CCAN, Nancy : Convoi depuis Bure, cantine, Projection de La mort se mérite, en présence du réalisateur Nicolas Drolc

*et pour prolonger, le 28 mars à Nancy à la librairie Quartier Libre, projection du film les 317 (documentaire d’un collectif qui recueille les témoignages de la repression et des 317 gardés à vue en novembre 2015 lors de la Cop 21), en présence d’une personne du collectif

Posted in General | Commentaires fermés sur (2018) Contre la prison : rencontrons-nous les 15 & 16 mars à Bure, le 17 à Nancy !

Lettre de Laura depuis le centre pénitentiaire de Nancy

(01/03/2018)

J’esquive un peu l’hypnose télévisuelle pour vous écrire depuis la MAF de Nancy. Comme disait Hafed démystifier la prison c’est déjouer la « meilleure des polices », la peur de la répression. Je sais que le compagnon est là aussi, côté « hommes », dans le bâtiment arrivants. Après le repas je guette parfois, fenêtre entr’ouverte, histoire de déceler sa voix au milieu des cris du soir.

Ici, vue imprenable sur les HLM, le mirador, les murs, les grilles, le terrain de basket, ses grilles surmontées de barbelés à rasoirs, la grille fixée à la fenêtre, les cinq barreaux, la vitre. J’oublie sûrement une grille ou deux. Ici tout est ordre, calme et dûreté. Une balle en mousse fluo casse un peu la grisaille des lignes droites.

Lino, bitume. Mes semelles n’ont pas touché la moindre terre depuis ma capture. La terre, un carré d’herbe, c’est le terrain de jeu privé des corbeaux à côté de la cour de « promenade ». Le vent sibérien ne nous fait pas toutes renoncer à ces tours en rond, parfois quelques passes de ballon.

Ambiance collège samedi après-midi. On discute, on rigole au soleil, le cul par terre. L’ennui nous incite à nous surveiller entre nous. Qui a de belles baskets. Qui a des poux. Qui a buté ses gosses. Qui se cahetonne à mort.

Les grilles fixées aux fenêtres sont là pour empêcher les yoyos et parachutes. On s’en fout des réprimandes matonnes, on y coince des morceaux de pain, solidaires des oiseaux au milieu de ce désert en béton glacé. Deux d’entre eux nichent dans les spirales de barbelés, pour se protéger des corbeaux me dit une détenue. À trente et quelques, c’est tendu de faire tomber ces grilles (facturées 250 ou 400 euros pièce) et d’arracher un rapport de force en notre faveur. Côté « hommes », ils sont 800, elles sont tombées. Comme dit une compagne de promenade : « tu peux même pas essorer ta serpillère. Tu restes avec ta merde à l’intérieur. »

*

À mon arrivée, une nuée de corbeaux me fait un dernier clin d’oeil, puis les gendarmes me lâchent en cage. En donnant mes empreintes je pleure de rage, la mise à nu me gèle même si la matonne ne me touche pas et ne me regarde pas par le trou du cul. On m’amène au bureau des matons de veille qui s’assurent qu’une suicidée ne viendra pas troubler leur ronde de nuit pénarde. En mal de connivence face à mon air renfrogné, l’un d’eux me demande de « quelle origine » je suis, et m’annonce qu’il est algérien. À quoi je réponds, je m’en fous.

Comme dit Bonnano « ils nous répriment avec tellement de bienveillance » ; les matonnes ne comprennent pas pourquoi leur « ça va ? », « ça va ? », « ça va aller ? » se heurtent à un « non, je suis en prison. C’est une question stupide ». Ou encore : « Vous m’avez l’air chafouine ». Je devrais avoir le sourire, apparemment « ici, c’est pas le pire ! », et même que d’après l’aumônière catho « chez les hommes, c’est pire »… Les Soeurs nous bénissent de leur visite une semaine sur deux, j’ai hâte. Les cathos, toujours là où il faut. Elles occupaient ma daronne dans la toute nouvelle nation algérienne, elles lâchent pas l’affaire avec nous. Le temps disjoncte ici.

*

L’espace parle de lui-même. Le chtar est au bout du bout de la chaîne de l’usine sociale sur les hauteurs de Maxéville, le Haut-du-Lièvre. Quand je découvre ce quartier où une partie de ma famille a vécu un temps, les gendarmes me font serrer les dents. « On est loin de la Place Stanislas ici ! Je comprends pourquoi je suis jamais venue ici ». « Y a le camp des manouches là-bas, regardez, et avant yavait un camp de Romanos ». « On est quand même mieux dans une cabane du bois Lejuc ! ». Et je vous passe les détails du show.

*

La grève des matons en janvier a laissé des traces de rage bien vives chez mes compagnes de promenade. Seul signe avant-coureur : des portions de petit-dèj en plus. Le lundi, premier jour, l’unique repas de la journée leur parvient à 16h30. Les mardi et mercredi elles ne sont nourries qu’à 17h et 17h30. Le début de semaine est crucial pour commander et recevoir les cantines, celles-ci n’arrivent que le mercredi. Pas de promenade, d’activité ni de cours. Les gentes sous méta ne reçoivent leur traitement qu’en fin de journée, au lieu du matin. La tension est implosive, les CRS débarquent et asphyxient les couloirs le mercredi (ou le jeudi). Les « hommes » saccagent leur cage, les meubles volent, les portes tremblent. Le jeudi, côté « femmes », une promenade d’1h30 est accordée, le repas de midi, toujours pas. Vendredi, « retour à l’anormal » en raison du recours d’un.e détenu.e, plus tôt que prévu. Une détenue fait grève dans la grève, elle refuse de bosser dès le lundi.

*

En 2016, une matonne fait la maline au moment de la distribution du repas et se prend un coup de fourchette dans le cou. Elle ne taffe plus ici. Côté « hommes », une matonne dite « la Camionneuse » est cernée sur le parking et se fait casser les poignets à coups de lattes. Elle est toujours là.

La rébellion côté « meufs » est moins spectaculaire ; elle pousse dans les interstices qui échappent à la surveillance permanente, à la loi du néon. Je passe le relai à vos imaginations.

La normalité de genre, la guedro, les gosses font une grande part du taf de pacification avant l’incarcération. Les matonnes n’ont pas grand-chose à mater et trouvent le moyen d’économiser le moindre geste. Juste avant le sondage des barreaux l’une d’elles me crie « Fenêtre ! ». « Ben oui, je vais pas ouvrir la fenêtre en plus » elle me précise, à quoi je lui réponds : « ah ben non, sinon vous risquez un TMS ».

Des années à mordre la colère, avec quelques-unes on se deale notre rage. Finalement je retourne en adolescence, même journées à regarder des clips à la télé, à lire, avec des bâtiments HLM à l’horizon.

Près des boîtes aux lettres, une affiche me fait marrer à chaque fois que je passe devant. Quelque chose comme « la violence en détention n’est pas acceptable. Ne restez pas seul ». Vos gueules les miséricordieux.

Je ne crois en rien, ni au hasard. La rage de penser que les deux personnes aux noms pas très dans la norme ont été les seules à refuser de les donner aux keufs, jusqu’au déferrement. « Camarade », viens me dire que je vois des rapports de domination partout, tu embrasseras mes phalanges.

Compagnes, compagnons, on s’écharpe, on s’écharpe (racialistes VS anti-racialistes), la réalité s’en fout elle et trace plus vite que nos idées. Entre détenues, si nos rapports sont surtout utilitaires, le racisme amplifie des détails infimes mais déterminants. Une détenue bulgare sur le point d’accoucher me raconte, en anglais, qu’une de mes compagnes de promenade lui a servi de bonnes portions de bouffe. Mais depuis, la personne de service a changé et elle n’est pas assez nourrie. Toutes nos demandes ou presque passent par l’écrit en interne, elle n’a pas d’interprète et une seule matonne parle anglais.

*

J’ai trouvé les articles de l’est républicain à la bibli. Celui de F-X Grimaud : un hélico, un drone, 500 gendarmes, le général d’armée Richard Lizurey en personne contre 15 « zadistes » ; j’en rigole depuis ma cage. « Aucun blessé », j’en ris noir ; le compagnon bouclé dans la cellule de GAV voisine de la mienne a demandé à être soigné, que ses pansements soient changés.

L’ANDRA est pressée de « rétablir les chemins de circulation » dans la forêt. Circulez, ya rien à voir. Pas de souche, pas de flammes, ni de rouge-gorge. Pas de ver, de renard ni de lichen. Circulez, y a rien à voir, mange-toi tes contrôles d’identité, fais-toi capturer, finis à Fleury (je pense à toi), finis à Nancy.

Pour le moment.

Pour le moment j’observe les corbeaux perchés sur les câbles qui se croisent au-dessus de nos têtes, entre des murs qui finalement ne font pas une grande différence.

En attendant, que nos « camarades » si avisé.es se pavanent dans les médias.

« On en était venu à admettre que les cochons, étant manifestement les plus intelligents des animaux, décideraient à l’avenir de toutes questions touchant la politique de la ferme, sous réserve de ratification à la majorité des voix » – La Ferme des Animaux

Collaborez avec la société spectaculaire-marchande, nourrissez les keufs tout en vous croyant critiques voire subversifs. Vous restez des bouffon.nes à mes yeux, prêts à toutes les acrobaties sémantiques et bricolages idéologiques, du moment que vous tirez profit des luttes. Mon « moment historique » comme tu dis « camarade » se conclut dans une cage verrouillée à multiple tour. Niquez vos maires, donc.

*

Un merci tendre aux compagni. Le lendemain de la destruction de vos maisons à coups de bulldozer, vous avez eu la force de vous taper la force répressive. Je me suis sentie moins seul. Prenez soin de nos compagnons non humains, des autres copaines et de vous, prisonniers, mutines et déserteuses de la guerre sociale. J’ai hâte de vous revoir mais plutôt hors des murs ; je refuse l’idée que vous vous retrouviez enfermé.es ici, même une heure.

*

De l’école à la prison il n’y a qu’un pas et certains s’étonnent encore que des lycées du 93 crâment. Les matonnes nous appellent « les filles ». Elles me grondent quand je porte mon bonnet à l’intérieur et les mains dans les poches. Elles nous font « chut ! » dans les couloirs, nous crient « Restez à votre place ! » en agitant l’index losqu’on tape à la porte parce que notre linge n’a pas été ramassé à 7h. Une matonne pro-active surnommée Adolf m’embrouille parce que je garde un briquet dans ma veste et que je ne fume pas ; « vous voulez mettre le feu ? ».

*

La rage n’a pas de plan, elle n’a pas de montre. Elle n’attend pas la « temporalité » dictée par les gestionnaires stratèges. En 2005 elle n’a pas attendu. En 2007 non plus ; ni 2008, ni 2011… Ni tous les jours, tout le temps.

***

Clins d’oeil aux Milots : « Enfermez-les / Affamez-les / Enragez-les tous… ».

Aux Sauvages ni martyrs ni victimes, « Hommage à la marge… Ici il pleut en cage »

Pour la fin du bruit des clés

Pour le chaos,

La beauté de la forêt et des émeutes dans un ciel vide,

Rage et tendresse !

Posted in General | Commentaires fermés sur Lettre de Laura depuis le centre pénitentiaire de Nancy