Toul : Permanence du député D. Potier taguée contre le capitalisme carcéral & ses promoteurs !

Toul (Meurthe-et-Moselle) : sur la construction d’une nouvelle prison

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Toul (Meurthe-et-Moselle). Emplacement programmé par l’État du chantier de la nouvelle prison : Pôle industriel Toul-Europe, en contrebas de la société Envie, sur un terrain voisin à l’Espace K

Permanence du député D. Potier taguée contre le capitalisme carcéral & ses promoteurs !
Indymedia Lille, 21 juin 2022

A l’entre-deux-tours, nous avons tagué la permanence du député-candidat Dominique Potier (Divers Gauche), au 27 avenue du Maréchal Foch à Toul, pour s’opposer au projet de nouvelle prison, qu’il soutient tant. Nous y avons tagué « Feu aux prisons », « Potier = promotteur de prisons » ; « crève la taule » ; « Prison : ni à Toul ni ailleurs ! » ; « A[narchie] ».
Dans ce contexte électoral, nous gardons en tête que ce soit lui ou le candidat RN qui remporte ces élections, ce projet pénitentiaire local, largement à l’initiative de Dominique Potier, répond plus largement à la volonté d’une classe dirigeante capitaliste dont le leitmotiv est de gouverner, contrôler et d’enfermer les personnes ne rentrant pas assez dans les normes du système qu’iels défendent (n’en déplaise au petit parvenu catho D. Potier issu de la classe paysanne).

Dominique Potier, député PS de la circo de Toul depuis 2012 et de nouveau candidat, fait partie des élu·es qui ont sauté sur l’occasion du Plan Prison pour construire une nouvelle taule dans le toulois*.

Le Plan Prison, c’est un énième plan de construction et d’agrandissement de prisons en france porté par Manuel Valls en 2016. L’objectif : construire 15 000 places de prisons supplémentaires en france d’ici 2027. Avec ce plan, l’idée est aussi de diversifier les types de taules sur le modèle de la carotte et du bâton. Plus d’autonomie pour les prisonnier·es qui respectent les règles de l’Administration Pénitentiaire (AP) et qui jouent le jeu de la « réinsertion », plus de surveillance et de répression pour celleux qui présentent un potentiel de dangerosité.

Dans le toulois, après s’être battu pour la construction d’une prison « classique » de 600 places à Dommartin-lès-Toul (ancien hôpital Jeanne d’Arc), et suite à l’annulation par le ministère de la justice de ce projet, Dominique Potier a fortement sollicité la création d’un nouvel établissement pénitentiaire dans le quartier de la Croix de Metz (à l’espace K, anciennement Kleber). Cette nouvelle prison de type InSERRE**, basée sur le travail et la formation, accueillerait 180 détenus dès 2027.

Que cette prison soit basée sur le travail avec un peu moins de restriction (cellule individuelle, libre circulation dans l’établissement en journée, permissions de sortie en fin de peine,..) ou qu’il s’agisse d’un établissement pénitentiaire classique comme c’était le projet initialement, cette nouvelle prison est l’infâme conséquence de la pugnacité carcérale d’une poignée d’élu.es convaincu.es que le business de l’enfermement est un moyen comme un autre de « développer le territoire » et qu’il ne faudrait pas en rougir. Pire que ça, il faudrait même en être fier.e, ou du moins c’est ce que semble affirmer Dominique Potier pour qui l’arrivée d’un nouveau lieu d’enfermement sur le territoire équivaut à « la concrétisation d’une forte mobilisation collective, et l’arrivée d’un projet innovant, humain, et qui va créer de l’emploi ».

On pourrait bien se demander ce qu’il y a « d’innovant » ou même « d’humain  » dans le fait d’enfermer des individuEs contre leur gré dans des lieux qualifiés de « privation de libertés ». L’humanisme de Dominique Potier ne semble se résumer qu’à la création d’emplois pour les entreprises du bâtiment, du nettoyage, de la restauration et de la surveillance pénitentiaire*** dont le gagne-pain dépend de l’incarcération de leurs semblables. D’ailleurs, il a lui-même exprimé récemment être « pour une humanisation de la mondialisation »**** : à ce niveau-là, il s’agit de rendre le système capitaliste plus acceptable aux yeux de toustes, et pour ça, ça passe par la promotion d’établissements pénitentiaires avec le sourire et en vantant les bienfaits de l’emploi dans un territoire désastré par le chômage.. Bravo, l’artiste ! Bravo, l’humaniste !

Tout comme celles d’Arras (Pas-de-Calais) et de Donchery (Ardennes), le projet de prison expérimentale de Toul est centré sur le travail et la formation des détenu·es condamné·es à une peine de moins de cinq ans et qui devront passer un entretien d’embauche. Si dans sa communication sur ces taules expérimentales, l’État met en avant les améliorations de conditions de détention pour celles et ceux qui en « bénéficieraient », la réalité de l’exploitation des prisonnier.es est bien moins reluisante. En effet, ces dernières années se développe une véritable organisation de l’exploitation pénitentiaire au profit des patrons, par le biais de l’agence du travail d’intérêt général et de l’insertion professionnelle des personnes placées sous main de justice (ATIGIP), créée en 2018. Cette agence a pour rôle de développer le travail pénitentiaire, et de le rendre plus attractif via la plateforme promotionnelle de xxx.travail-prison.fr. L’ATIGIP fait également la promotion du travail gratuit suite à condamnation pénale (Travail d’Intérêt Général) via la plateforme xxx.travail-interet-general.fr, qui n’est autre qu’un Pôle Emploi ou un Service Civique du travail gratuit. Rien de très étonnant, quand on se rappelle que le travail en prison n’est plus obligatoire en france que depuis 1987.

La volonté de poursuivre le business carcéral se retrouve également à travers une communication publique qui met en avant le statut des personnes détenu.es comme particulièrement profitable aux entreprises. Lors d’une visite de prison en décembre 2021, le ministre de la justice Eric Dupond-Moretti a rappelé les avantages du travail pénitentiaire pour les entreprises : coûts maîtrisés, flexibilité, et engagement sociétal, avant de dire : « Je ne veux plus que vous vous sentiez gênés de faire appel au travail en prison. Au contraire, vous pouvez en être fiers. Le travail en détention est utile aux patrons, aux détenus, à la société en faisant chuter le risque de récidive. » … Les masques tombent ! Tout ce qui n’est pas (encore) possible dans l’exploitation salariale conventionnelle le devient grâce à la taule ! Et pour encore plus d’acceptabilité sociale, on accolera l’étiquette « made in france » sur cette délocalisation à domicile (où la main d’œuvre est payée 45 % du SMIC, avec 6 jours de congés par an) !

Alors qu’en 2021, près de 400 entreprises sont implantées en détention (L’Oréal, Bic, La Redoute, Yves Rocher, Bouygues, Suez, Microsoft, Vinci, Safran,..) et que 31 % de la population carcérale, soit 20 000 personnes détenues, travaillent chaque mois en moyenne ; ce Plan Prison s’inscrit dans un processus d’exploitation généralisé et va permettre, comme ici à Toul, de gaver de nouvelles entreprises en développant de véritables prisons-usines.

Plus de 200 ans après que l’on conçoive la prison comme peine, il est évident que la justice et ses lieux ignobles ne suppriment pas les rapports de domination mais les entérinent. Et qu’au-delà de cela, enfermer des individus est inacceptable pour qui désire la liberté de toustes. C’est en réalité une façon d’occulter les problèmes, qui sont intrinsèques à cette société fondée sur des rapports de pouvoir et notamment d’argent.

Attaquons les entreprises qui construisent ces prisons, celles qui en profitent et les élu·es qui permettent à ce que tout cela soit possible !

Feu aux prisons, les patrons au milieu !
En attendant, force à celleux qui survivent en prison !
Vive l’anarchie ! Vive la révolte !*****

* : Alors qu’il y a déjà 2 prisons dans le toulois : un centre de détention à Ecrouves (232 détenu·es), un autre à Toul (390 détenu·es), sans compter la Maison d’Arrêt de Nancy-Maxéville (706 détenu·es) et le centre de semi-liberté de Maxeville (50 détenu·es) à 22 km de Toul.
** : « Innover par des structures expérimentales de responsabilisation et de réinsertion par l’emploi »
*** : Métier qu’il faudrait, selon lui, davantage reconnaître et valoriser : « le métier de surveillant souffre d’un profond déficit de reconnaissance alors même qu’il incarne, aux côtés des autres représentants des forces de l’ordre, la protection des citoyens et l’idéal républicain. » Ouin ouin. (21 mars 2019 xxx.dominiquepotier.com/fr/securite-dans-nos-prisons/actualites-1.html
**** : France 3 Lorraine : débat législatives de la 5ème circonscription de Meurthe-et-Moselle, 1er juin 2022
***** : Voir le film Sur les toits (Nicolas Drolc ; 95min ; 2014) sur les révoltes dans les prisons françaises, dont particulièrement celle de Toul, entre septembre 1971 et la fin de l’année 1972.

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Lettre de Damien sorti de détention : comment les flics enquêtent

Reçu le 16/09/22

Hello, je suis sorti de la prison de Draguignan le 31 août. Nous pensons qu’il y a deux ou trois trucs qui doivent se savoir.

Pour expliquer rapidement leur bouillabaisse judiciaire en Octobre 2021 ils me condamnent à 6 mois pour des violences que je n’ai pas commise, le procès est super cheum parce que ce n’est pas moi qui ai décidé de la défense et donc de l’attitude à tenir au tribunal, enfin bon je suis ici condamné pour avoir mis une mite à un pointeur. Je sors en février 2022. A ma sortie je sais que je dois me barrer loin de là mais je n’y parviens pas. En Mars 2022 ils me foutent en GAV avec des accusations délirantes de menaces de mort. Une GAV qui va durer 6 mois…

En GAV en mars les flics m’ont parlé du site anarchiste Attaque.

Un échange qui m’a marqué avec un flic:

– Non mais tu m’explique pourquoi c’est moi qui suis en GAV?

– On sait que dans cette histoire t’es la victime mais t’es pas tout a fait innocent. (bon en d’autres occasions je lui aurait répondu que je suis ni victime ni innocent ni coupable et que je l’emmerde mais vu les trucs délirants pour lesquels je me retrouvais là j’ai quand même voulu savoir)

– Mais tu crois que j’ai fais quoi sans déconné?

– Le site Attaque parle de toi.

On peut quand même se demander c’est quoi le rapport avec la choucroute. Y’en a aucun. J’en avait juste déduit qu’ils m’ont collé en taule pour des faits qui n’ont jamais existé parce que je suis anarchiste. J’ai quand même réussi à contacter un pote pour le prévenir que les flics me parlaient de ça.

Un flic m’a aussi demandé ce que j’allais foutre au Val de Susa, en vrai j’y ai jamais été mais bon j’avais juste l’itinéraire dans le gps de mon téléphone. Il m’a fait remarqué qu’il savent que parfois je disparaît en Italie et je lui ai dit d’aller se faire foutre après lui avoir fait remarquer que quand je disparaît mon téléphone il reste là pastèque et c’est quand même plus simple de passer la première frontière que de se téléporter au Japon alors maintenant ramènes moi en cellule tu me gonfles.

Au mois de Mai je croise un mec que je connais en taule, ils sont venu le lever quelques jours avant moi pour de la merde, un truc qui date de plusieurs années en arrière, pas de quoi justifier de venir lever un mec à minuit avec un barrage routier. Ce soir là il avait mon ancien PC avec lui. Le PC est crypté en GPG mais une autre personne a pu voir la clef. En GAV les flics l’ont interrogé sur moi. Un flic lui a dit: « c’est un terroriste, on a peur pour nos familles ». Ils étaient plus intéressé par mon PC que par son affaire bidon sur laquelle il n’a même pas été interrogé.

Toutes mes anciennes boites mail sont compromises depuis Août 2021. Et depuis février 2022 je n’y ai même plus accès alors qu’au moins une d’entre elles a été active depuis.

Mi juin, entre le 12 et le 15 je me rappelle plus la date exacte j’ai eu une fouille de cellule. Ils ont pris mon téléphone. Sans la puce, je l’ai avalé. Bon ensuite ils m’ont interrogé pour savoir qui j’appelais avec. Je leur ai dit d’aller se faire foutre bien sur. Juste après un maton m’a sorti de ne pas appeler des terroristes (sic) si j’avais encore un téléphone.

Tout le long de la détention je me suis senti interrogé. Bon c’est pas des interrogatoires déclarés mais tel ou tel intervenant extérieur qui me parlent d’actions vielles de plusieurs années en récitant presque mot à mot des revendiqués que moi je connais bien sur, mais qui d’autre à part un flic du SAT ou de la DGSI sait que par exemple le revendiqué de Meylan ça parle d’attaques individuelles. Ou celui qui m’a demandé ce que c’était la FAI. Sans déconné c’est des trucs personne ne sait que ça existe à part le milieu et les flics. Et encore juste quelques flics de l’anti-terro ou du renseignement.

Enfin ce que je comprend c’est que j’ai fait une GAV de 6 mois.

Raconter tout ce qui s’est dit durant 6 mois c’est compliqué. Un interrogatoire classique ça va on est rodés, ça dure 4 jours et c’est clair. On te pose des questions claires et t’y réponds pas et ils te foutent au gnouf et basta. C’est plus facile de comprendre ce qu’ils cherchent exactement. Là pour moi c’est très dur d’y voir clair. D’autant que ça a été une vraie torture psychologique. Je crois que cette dernière année de prison a été la plus dure psychologiquement, et de loin! M’enfin même si parfois j’ai déraillé je ne leur ai jamais donné la moindre information. Ç’est pas toujours simple de comprendre qu’on est interrogé dans ces conditions, surtout quand on est complètement isolé de l’extérieur. Je me suis souvent demandé si j’avais pas complètement pété les plombs et fini parano. J’ai compris clairement qu’il se passait un truc dehors quand ces cons de matons me soupçonnaient de commanditer les tirs de mortier qu’ils ont pris sur la poire. (D’ailleurs à l’intérieur on a tous kiffé). Quand j’ai reçut la lettre du pote à Villepinte y’avait plus de doute possible. Ça c’était moins cool.

Bon du coup vu que j’avais plus le moindre doute sur le pourquoi des allusions qui m’ont était faite j’ai enfoncé le clou quitte à me mettre un peu en danger pour comprendre où ils veulent arriver. Ce qui est évident c’est qu’ils cherchent à mettre en relation les un-e-s et les autres, notamment sur Paris et Grenoble. Enfin peut-être ailleurs aussi c’est pas impossible. Je ne pense pas qu’ils voulaient m’inculper, s’ils avaient de quoi ils l’auraient fait. Je pense qu’ils sont en train de mettre des moyens de dingue pour leur enquête de merde par contre.

En fin de peine j’ai eu la confirmation par quelqu’un dont je tairais la fonction pour ne pas le compromettre qui m’a dit que les flics enquêtaient déjà sur moi depuis février avant ma sortie et qu’il savait que j’allais revenir. Il m’a aussi dit clairement en parlant d’Ivan « c’est la même affaire ».

Voilà, c’est le minimum d’infos qui doit vraiment se savoir je pense.

Il faudra que je fasse une analyse de mécanismes de répression que franchement je ne pensais pas possible en démocratie libérale mais bon ça c’est un autre sujet et ça urge pas.

Pour Ivan, pour tou-te-s les compas incarcéré-e-s ou en fuite,

La solidarité, c’est l’attaque.

Damien

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Nous ne resterons pas au chaud pendant la tempête

Source : « Non staremo al caldo durante la tempesta » : https://ilrovescio.info/2022/07/08/non-staremo-al-caldo-durante-la-tempesta/

extrait de Bezmotivny, deuxième année, n. 14, 11 juillet 2022.

Disons-le clairement : nous voulons qu’Alfredo sorte du régime de détention 41bis*.

Notre proposition n’est pas une campagne spécialistique contre le 41bis ou contre les prisons : non pas parce que nous aimions ces institutions ou parce que nous pensions que quelqu’un doive y être enfermé, mais parce nous croyons qu’il est urgent de partir d’un objectif plus « simple », tout en sachant que, quand on l’aura atteint, on n’aura même pas commencé notre lutte, qui est pour la révolution sociale.

Une lutte pour la destruction de la prison ne peut pas être gagnée jusqu’a quand existent l’Etat et l’autorité : il s’agit donc de batailles à mener en continuation, mais en ce cas précis nous voudrions essayer de nous donner un objectif que l’on puisse atteindre aussi à court ou à moyen terme.

La lutte contre la prison est – en soi – une lutte contre l’existant, parce que la fin des taules signifie la fin de l’Etat ; de façon similaire la lutte contre le 41bis, en Italie, va toucher certains des fondements de l’Etat italien, qui, depuis le début, en a fait son fer de lance dans la « lutte contre la mafia ». Disons-le clairement et humblement : le 41bis est l’un des piliers idéologiques de l’État italien, dont l’un des slogans est « le 41bis ou la mort ! ». C’est la guerre contre la mafia qui nous l’a démontré : l’Etat, plutôt que renoncer au 41bis, à préféré fair payer à sa population les prix des bombes de la mafia, comme par exemple les massacres de via dei Georgofili à Florence ou de via Palestro à Milan**. Du coup, il nous semble difficile de faire pression dans le sens de l’abolition de ce régime de détention (de même pour ce qui concerne l’abolition de la prison dans son ensemble), que cela soit fait de manière pacifique ou violente. Au contraire, nous pensons que c’est différent de faire pression, dans ce cas précis, pour le transfert d’Alfredo. Cela ne signifie pas que nos discours ou nos actions doivent être édulcorées. La radicalité de notre lutte doit être garantie, même dans le cas d’une «requête partielle » comme le transfert d’Alfredo, de façon à ne jamais disjoindre les objectifs que nous pouvons et devons nous donner des motivations politiques-sociales de notre action anarchiste. La radicalité de l’action, de la propagande, de l’agitation est notre seul anticorps pour pouvoir affirmer encore une fois, à voix haute, que notre lutte vise à la destruction de l’existant, sans médiations, de façon à éviter que nos requêtes, comme celle de libérer un compagnon à nous ou d’arrêter un tel ou un tel autre projet du capital, puissent être assimilées à un réformisme compatible avec le pouvoir.

Au delà de l’émotivité, de la réaction « de peau », il y a des motivations qui nous amènent à proposer une lutte qui n’a pas de buts révolutionnaires en soi, au contraire elle se focalise sur la mise en place de rapports de force pour émettre une requête – très précise – à l’adresse de l’Etat.

Le fait qu’en ce moment Alfredo est détenu en régime 41bis signifie qu’il est impossible de discuter et d’échanger avec lui; cela signifie la perte d’un compagnon qui, ces derniers années, a beaucoup donné dans le débat entre révolutionnaires. Certaines de nos réflexions naissent aussi du fait que nous avons eu la possibilité d’échanger avec Alfredo, grâce aussi au travail des compagnons de Vetriolo et de Croce Nera.

Tout ceci est l’une des choses qui nous sont arrachées. Parce que, d’un certain point de vue, le dialogue, pendant les dix longues années de son enfermement, a été pour nous quelque chose qui nous a fait grandir. Alfredo est un compagnon qui a donné, et nous voulons qu’il puisse avoir encore la possibilité de donner, une contribution spécifique au mouvement international anarchiste. Une contribution spécifique, élaborée le long des années, avec une croissance théorique et pratique décisive. Une contribution qui nous a amené à parler à nouveau, encore et sérieusement, d’internationalisme et de révolution sociale. Une vision optimiste qui, malgré les barreaux, donne de la force et de la determination à nous tous. Et, par crainte que cette force ne s’étende, la ministre Marta Cartabia a décidé de réprimer les intentions de la révolution anarchiste. Nous partageons la vision d’Alfredo, exprimée dans le journal Vetriolo, selon laquelle l’anarchisme a besoin de reconquérir de la crédibilité.

Mais à notre avis on ne crée pas cette crédibilité seulement par l’action destructrice. Certes, celle-ci est nécessaire et il s’agit d’une pratique qui vient à nous manquer, aujourd’hui en Italie, ce qui est grave. Mais il ne s’agit pas de la seule pratique qu’on a délaissée : dans des nombreuses villes on a arrêté de s’organiser sérieusement, d’être présents avec nos méthodes et nos idées révolutionnaires. Du coup, notre impuissance – que bien entendu nous voulons dépasser – est provoquée non seulement par le fait que l’action s’amoindrit de plus en plus, mais aussi par le fait qu’on a oublié à quel point il est fondamental d’être présents dans les rues, d’être présents explicitement en tant qu’anarchistes.

En plus, c’est la première fois que ce régime de détention est imposé à un anarchiste, ce qui ne signifie pas que tous les anarchistes arrêtés seront placés en 41bis, mais c’est certainement un avertissement aux anarchistes, pour qu’ils restent en silence quand ils sont en prison, qu’ils fassent attention à ce qu’ils disent et à ce qu’ils font. Chaque fois que l’Etat fait un pas en avant, soit on arrive à le faire reculer, soit cela signifie avoir à faire avec des situations de plus en plus difficiles, de plus en plus restrictives. Et le fait de ne pas agir, au moment où l’on sent qu’une ligne a été dépassée, signifie prendre sur soi la responsabilité de se résigner à accepter des choses que l’on ne peut pas accepter. Cela signifie s’habituer à une normalité qui est toujours pire, jour après jour, jusqu’à oublier la possibilité que les choses puissent aller d’une autre manière. Il y a quelques années encore, c’était absurde de penser de côtoyer des militaires tout en se promenant en ville, aujourd’hui les blindés sont devenus la norme. Si on n’a plus de frissons particuliers face à des zones rouges, on risque de ne plus se surprendre, à l’avenir, quand un autre compagnon sera placé en 41bis.

Cela s’est produit bien trop de fois, le long du temps, dans tous les domaines.

A ce propos, ce qui vient à l’esprit, bien entendu, est la critique du « pourquoi ne l’avoir pas fait avant ? ». En 2002, quand la mesure émergentielle du 41bis est devenue définitive, elle a été prévue non seulement pour les crimes mafieux, mais aussi pour le terrorise et le trafic d’êtres humains (en profitant du choc du 11 septembre 2001). Peu après, Nadia Lioce*** a été arrêtée et elle a été placée en 41bis. Le premier cas d’application de ce régime pour des crimes à motivation politique a été celui des Brigades Rouges – actuellement Nadia Lioce, Roberto Morandi et Marco Mezzasalma sont encore en 41bis – la lutte contre cette situation, menée aussi par des nombreux compagnons, n’a pas été très participée. L’incapacité de lutter sur ce point a probablement ouvert les portes à ce qui est en train de se passer en ce moment.

Ces dernières années, de nombreuses luttes sont issues de revendications spécifiques (que ce soit contre la construction de taules, contre les centres de rétention pour sans-papiers, contre des bases militaires, contre la dévastation de l’environnement…) : dans ce cas, les compagnons ont souvent vu – au delà de l’objectif spécifique partagé – la possibilité de montrer la valeur d’une méthode (l’auto organisation d’en bas, l’attaque directe comme méthode de lutte…) intrinsèque au parcoursrévolutionnaire. On a essayé, même si pas toujours, de lier ces luttes à une vision plus large, en mettant en évidence les relations étroites entre les différentes expressions du pouvoir, en plus du fait que les coupables sont toujours l’Etat et les patrons. Ces tentatives n’ont pas toujours marché, parce que le danger intrinsèque de ce type de luttes, qui ne sont pas globales en soi, est celui de se résigner à une conservation du monde tel qu’il est, et de cantonner l’anarchie à être la gauche critique des mouvements populaires. Nous pensons que, pour éviter cela, il est fondamental d’être toujours clairs sur qui nous sommes et sur ce que nous voulons : en ce cas, revendiquer donc comme nôtres toutes les actions dont Alfredo a été accusé, rappeler les objectifs spécifiques que la Fédération Anarchiste Informelle (à laquelle ce compagnon a revendiqué d’avoir participé par l’action de laCellule Olga [le tir contre Roberto Adinolfi, en mai 2012 ; NdT]) avait décidé d’atteindre et poursuivre les luttes du mouvement anarchiste, chacun à sa manière (contre les CRA, la « forteresse Europe », les prisons, le nucléaire…). Ne pas accepter des compromis dans nos discours écrits, parlés ou pratiqués, c’est ça la meilleure façon de partager les luttes seulement avec des personnes qui partagent nos objectifs et non avec des alliés de circonstance, prêts à se dissocier au premier coup répressif.

Ceci dit, il y a la nécessité de réfléchir, de façon que cette proposition ne devienne pas une proposition au rabais, parce que l’habitude de se donner des petits objectifs et d’oublier que nous sommes des révolutionnaires est un danger toujours aux aguets. Pour l’éviter, il est fondamental que cette lutte ne soit pas disjointe des raisons pour lesquelles nous luttons contre l’existant. Nous ne devons pas nous enfoncer dans le spécialisme, nous enfermer en visant seulement ce petit objectif. Nous restons nous-mêmes, à couteaux tirés avec l’existant, et si nous gagnons cette lutte, nous n’aurons même pas encore commencé.

Ce qui nous semble être le problème fondamental est comment unir, dans la pratique, l’objectif de faire sortir Alfredo du 41bis et la lutte contre l’existant.

En tout cas, il ne nous semble pas qu’on soit en train de partir de zéro. Une lutte pour sortir Alfredo du 41bis existe déjà, elle doit simplement être élargie et renforcée. La manière d’arriver à cela devrait, selon nous, faire l’objet de discussion.

Les rédacteurs de Bezmotivny

 

Notes du traducteur :

* Article du règlement pénitentiaire qui définit ce régime de détention, caractérisé par l’isolement et une très haute surveillance. Ayant au début un caractère exceptionnel, il est largement utilisé par l’État dans les années 90 dans sa « guerre contre la mafia ». Le prisonnier soumis au régime 41bis est enfermé dans des sections spéciales, gérées par le GOM (les ÉRIS italiennes). Il reste en cellule 22 heures par jour et sort en promenade avec seulement trois autres détenus, choisi par l’AP. Les parloirs, une heure par mois, se font avec vitre de séparation et interphone. La censure du courrier est systématique et le nombre de livres et autres objets qu’on peut garder en cellule est strictement limité. Le compagnon Alfredo Cospito y est soumis depuis le printemps dernier.

Cf.: https://attaque.noblogs.org/post/2022/05/08/italie-contre-le-41-bis-solidarite-revolutionnaire-avec-lanarchiste-alfredo-cospito/

** Le 27 mai 1993, une voiture piégée explose via dei Georgofili, à Florence, près du musée des Uffizi. Cinq personnes meurent, une quarantaine sont blessées. Le 27 juillet suivant, en via Palestro à Milan une autre voiture piégée fait 5 morts et 12 blessés. Elles font partie d’une série de massacres perpétrés par la mafia, entre 1992 et 1993. La mafia veut d’un côté se venger suite au maxi-procès, terminé en janvier 1992 avec des nombreuses et lourdes condamnations, qui met fin à la traditionnelle cohabitation entre l’État et la mafia en Sicile. D’autre côté, les boss mafieux veulent contraindre l’Etat à négocier. La réponse étatique est très dure (entre autre avec le régime 41bis pour les mafieux condamnés et l’envoi de l’armée en Sicile en appui aux forces de l’ordre).

*** Nadia Lioce, membre des Brigades Rouges (Nuove Brigate Rosse – Nuclei Communisti Combattenti) est arrêtée le 2 mars 2003, après une fusillade avec les flics, lors de laquelle le camarade Mario Galesi trouve la mort (un flic meurt aussi). Accusée des meurtres des juristes Massimo D’Antona (en mai 1999) et Marco Biagi (mars 2002), elle est condamnée à perpétuité avec les autres membres de l’organisation. Tous sont en 41bis.

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L’anarchisme mis au ban / Solidaires avec Alfredo, contre la taule et le 41bis

Pour contextualiser, vous trouverez ci-dessous des tracts diffusés lors des deux journées de solidarité qui ont eu lieu à Sassari et à Bancali, les 25 et 26 juin dernier.

L’ANARCHISME MIS AU BAN

Septembre 2016 : le Parquet et la DIGOS [la police politique ; NdT] de Turin, dirigés par le procureur Roberto Sparagna (qui travaille aujourd’hui à la Direction Nationale de l’Anti-mafia et de l’Antiterrorisme, à Rome), déclenchent l’opération Scripta Manent, à travers toute l’Italie.

25 mai 2022 : le long parcours juridique de cette affaire arrive en Cour de cassation [cette dernière confirme en juillet l’accusation de « massacre politique » pour l’une des actions dont Alfredo et Anna sont accusés, ce qui pourrait signifier un important rallongement de leurs peines ; NdT].

Entre-deux : l’anarchisme, celui qui passe à procès et celui qui continue de s’exprimer par la critique et par l’attaque sans compromis contre le Pouvoir, les hommes et les femmes qui le représentent et les structures qui en permettent le fonctionnement. Nous le savons : ces quelques lignes ne sont pas assez pour tout raconter. D’ailleurs, la perspective de la justice, des tribunaux, des enquêtes, de la presse, n’arrivera jamais à comprendre et à expliquer ce que c’est la vie, encore moins ce que sont les vies des révolutionnaires, de tous ceux et toutes celles qui n’acceptent pas la liberté comme quelque chose que les puissants et les gouvernants doivent ou puissent nous octroyer.

Et pourtant c’est de cela que nous sommes en train de parler, parce que les décisions prises lors de la première et de la deuxième instance du procès [et en Cassation ; NdT] auront un effet important : Alfredo a été condamné à 20 ans (récemment, il a été placé sous le régime de détention, très dur, du 41bis et il a été déporté dans la taule sarde de Bancali), Anna à 16 ans et demi.

Nous n’allons pas faire la liste des délits dont ils (et les autres 22 inculpés) sont accusés, cela ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre façon d’interpréter le monde. Ce que nous savons c’est qu’ils sont, tous, des compagnons cohérents et conséquent, conscients du fait que la guerre contre la domination, la solidarité révolutionnaire, la complicité entre opprimés ne peuvent pas être exprimés seulement par des mots, que la guerre c’est la guerre, que le choix de camp de l’anarchisme n’est pas un hobby, que l’utilisation de la violence, et le fait de briser le monopole que l’Etat en détient, sont des choix nécessaires, bien que non faciles.

C’est le fait d’être tout cela, des compagnons anarchistes révolutionnaires cohérents, qui les a amenés là où ils se retrouvent : en taule ; le Code pénal est un instrument du Pouvoir, qui bien entendu s’en sert habilement et comme bon lui semble, et qui est modifié à la suite des différentes exigences répressives, que l’Etat utilise pour se maintenir en vie, s’auto-acquitter chaque fois et inverser le sens des mots. Et c’est ainsi que l’Etat des massacres, des guerres, des éloignements des migrants, des morts sur le travail, des massacres dans les prisons, cet Etat accuse précisément de massacre les auteurs présumés d’une série d’attaques explosives qui, disons-le avec honnêteté et un petit peu d’amertume, n’ont blessé personne.

Et après Scripta Manent, il y a déjà un autre procès, avec les mêmes chefs d’inculpation, celui contre notre compagnon Juan [en juillet, il a été condamné à 28 ans de prison, pour une bombe devant la porte du local de la Lega, preso de Trévise ; NdT].

Qu’ils soient ou pas les auteurs, désespérément recherchés par l’Etat,des attaques en question, cela ne nous intéresse pas. Nous éprouvons de la joie quand quelqu’un arrive à renvoyer à l’expéditeur une petite partie de la violence étatique, nous nous identifions avec la lutte anarchiste et avec toutes les pratiques qui, le long de l’histoire, en ont marqué la croissance, nous ne répudierons jamais des compagnons à cause de leurs actes révolutionnaires et, bien sûr, nous ne les oublierons pas maintenant, quand ils sont enfermés entre quatre murs. Le petit jeu des « gentils VS méchants » que l’Etat essaye de mettre en place, encore et encore, n’a pas marché par le passé et ne marchera pas aujourd’hui.

Nous le réaffirmons haut et fort :

ALFREDO, ANNA, JUAN ET TOU.TES LES AUTRES PRISONNIER.ES RÉVOLUTIONNAIRES SONT NOS COMPAS, ILS/ELLES NE SONT PAS SEUL.ES.

C’est l’Etat qui massacre !

Controns la répression, défendons les pratiques révolutionnaires !

Non au 41bis, liberté pour tout.es !

LE RÉGIME 41bis, DE QUOI S’AGIT-IL ?

Des 13 sections des prisons italiennes où est appliqué le régime 41bis, la seule qui a été considérée comme « adaptée » se trouve à Bancali [dans la commune de Sassari, en Sardaigne ; NdT] ; elle est située sous le niveau du sol, là où la lumière du soleil n’arrive jamais et les cellules font face à un mur. Le régime de détention connu avec le nom de 41bis est un régime de torture. Une torture légalisée qui permet de garder les prisonniers et les prisonnières qui y sont assignés dans un état d’isolement et de privation sensorielle presque complet. La clef pour créer le 41bis, introduit en 1992, après le massacre de Capaci*, a été la lutte contre les organisations mafieuses, de façon qu’exprimer son opposition à ce traitement carcéral a toujours été quelque chose de taboue.

Considéré à ses débuts comme transitoires, ce régime est devenu définitif en 2002 et il a été élargi, entre autres, aux personnes accusées de délits avec finalité de terrorisme et de subversion politique. Il peut être imposé aussi à des prévenus et même à des personnes non inculpées pour ce délits ou qui, simplement, ont commis des délits qui favorisent les ainsi-dites organisations criminelles sans en faire partie. Il s’agit d’une suspension des règles de traitement indiquées dans les décrets du Ministère de la Justice, dont l’avis est influencé par l’opinion du Parquet chargé des enquêtes, par les informations fournies par les forces de police et, de plus en plus, par la Direction Nationale Anti mafia et Antiterrorisme. La vie des prisonnières et des prisonniers soumis à ce régime spécial est réglementée dans chaque instant de la journée.

La cellule doit être équipée seulement de l’ameublement essentiel : lit, table, armoire, chaise ou tabouret, miroir en plexiglas et télé, les casseroles, deux maximum, ont des mesures préétablies. On ne peut pas recevoir de l’extérieur des aliments qu’il faut cuire, il y a des limites à ce qu’on peut cantiner et dans l’argent qu’on peutrecevoir desa famille.

La télé peut transmettre seulement des chaînes nationales. Pas de chaussures où l’on puisse cacher des objets. Les photos accrochées aux murs et les objets personnels sont réglementés. Il y a deux heures de promenade, quatre détenus maximum à la fois, complètement isolés. Dans la cellule, on ne peut pas garder plus de 4 livres, qu’on a pris dans la bibliothèque de la prison ou qu’on a commandé à partir de la prison : on ne peut pas en recevoir par courrier ou lors des parloirs ; on ne peut pas recevoir des journaux de la région d’où on est originaire. Le courrier, en entrée ou en sortie, passe à la censure. La composition du groupe de socialité, quatre personnes maximum, est choisie par la direction de la prison, qui décide donc avec qui on peut avoir des rapports et quand, éventuellement, ceux-ci seront brisés. En dehors du groupe auquel on est assigné, il est interdit d’acceder à tout espace commun, ainsi que d’avoir toute forme de contact avec d’autres détenus, même un simple bonjour. On est constamment surveillé par le groupe spécial de l’Administration Pénitentiaire, le GOM, sinistrement connu pour les passages à tabac à la caserne Bolzaneto, à Genes, en 2001, et dans l’ancienne prison de San Sebastiano, à Sassari, en 2000. Les parloirs avec la famille sont limités à un par mois et le contactphysique est rendu impossible par une vitre de séparation. Ceux qui ne font pas de parloirs, et seulement après six mois d’enfermement, peuvent obtenir l’autorisation à passer un appel par mois, de la durée de dix minutes, à des membres de leur famille qui, pour ce faire, doivent se rendre dans la prison la plus proche de leur domicile. Les parloirs sont filmés et enregistrés. La participation aux procès se fait exclusivementpar visio-conférence, ce qui crée des difficultés énormes pour la defense, ainsi qu’une disparition progressive de la présence active de l’inculpe et de l’inculpée au tribunal. On ne peut pas rencontrer les défenseurs locaux des droits des prisonniers, mais seulement le défenseur national. On ne peut pas s’inscrire à des associations ou à des partis. Tout cela pendant des années. Pour les plus de 750 détenus soumis au 41bis, la seule manière d’en sortir est la collaboration avec la justice et le repentir ; le temps qui est passé – on y trouve des personnes condamnées à perpétuité – n’est pas une raison suffisante, même pas pour obtenir des remises de peine ou des permissions ou la possibilité de travailler à l’extérieur.

* Note du traducteur : le 23 mai 1992, à Capaci, près de Palerme, une bombe posée par la mafia fait sauter un morceau d’autoroute, au passage des voitures du juge Giovanni Falcone et de son escorte. Le juge, sa femme (magistrate elle aussi) et trois flics meurent, d’autres sont blessés.


[deuxième tract :]

SOLIDAIRES AVEC ALFREDO, CONTRE LA TAULE ET LE 41bis

Dimanche 26 juin 2022, à 17h, rassemblement devant la prison de Bancali.

« La planète meurt, il n’y a qu’une chose à faire : détruire depuis l’intérieur la société technologique et capitaliste dans laquelle nous sommes obligés de vivre »

Alfredo Cospito

Qui est Alfredo.

Alfredo Cospito est un compagnon anarchiste, en prison depuis 2012 parce qu’il a tiré dans les jambes du Directeur général d’Ansaldo Nucleare, un de plus importants responsables du nucléaire en Europe. « Nous ne voulions pas tuer, seulement le blesser, pour bâtir un mur infranchissable face au cynisme technologique et assassin de scientifiques et politiciens sans scrupules » : c’est de cette manière qu’Alfredo explique cette action, pour laquelle il a été condamné à 9 ans et 5 mois de prison. Par la suite, Alfredo a été condamné, en deuxième instance, à 20 ans [la sentence pourrait s’alourdir suite à la décision de la Cour de cassation ; NdT] dans le procès Scripta Manent, où il est accusé, avec d’autres compagnons et compagnonnes, d’association subversive avec finalité de terrorisme. Depuis mai dernier, Alfredo est dans la section 41bis de la prison de Bancali.

Qu’est-ce que c’est la prison.

La prison est l’instrument répressif le plus fort que l’Etat utilise pour maintenir en place l’ordre actuel, fait d’exploités et d’exploiteurs ; y finissent ceux qui ne respectent pas des lois écrites sans notre accord et non pas décidées ensemble. La prison n’est rien d’autre qu’un instrument d’oppression et d’isolement, une punition pour ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas se soumettre à un système fondé sur le profit de quelques uns.

Qu’est-ce que c’est le 41bis.

Le régime de détention 41bis est de la torture légalisée, qui a pour but l’annihilation de la personne par le biais d’un isolement complet. Le régime 41bis prévoit :

– cellule individuelle de 2 mètres sur 3, avec seulement l’ameublementindispensable

– l’interdiction de recevoir de l’extérieur des livres ou de la nourriture qui doit être cuite

– un nombre limité de photos et d’objets personnels

– 2 heures de promenade, en isolement

– l’interdiction de garder en cellule plus de 4 livres

– 1 parloir par mois, de la durée d’une heure, avec une vitre pour séparer détenu et visiteurs

– censure du courrier

– le détenu participe aux procès seulement par visioconférence

– dans certains cas, des plaques de plexiglas sont apposées sur la fenêtre de la cellule.

« …une section placée sous le niveau du sol, du coup sans air ni lumière naturelle… des espaces réduits et agencés dans le sens de la verticale, de façon que le regard est privé de tout horizon… Cette structure donne une sensation d’oppression, de claustrophobie, de torture psychologique… » Extrait d’une lettre d’un prisonnier détenu en 41bis à Bancali

Pourquoi nous sommes solidaires avec Alfredo.

Parce que nous partageons avec lui la nécessité de détruire cette société fondée sur la destruction de la Terre et sur l’exploitation de toute forme de vie. Parce que, en acceptant le faux confort que cette société pourrie nous offre, nous en devenons complices, même sans le vouloir.

Parce que nous pensons qu’il est indispensable de lutter, avec tout moyen nécessaire, contre la misère de ce monde.

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Semaine internationale de solidarité avec les prisonnier.es anarchistes 23-30 août 2022

Source : https://solidarity.international

Le fait que le capitalisme n’a pas pour finalité nos besoins, mais le profit, est démontré de manière brutale en cette époque de crise climatique, de pandémie de Covid-19 et d’effondrement des systèmes socio-économiques à travers le monde. Celleux qui profitent du capitalisme s’enrichissent même en temps de désastre. Mais, avec les crises qui se succèdent, nous vivons aussi une nouvelle ère de soulèvements d’en bas.

La résistance à la guerre en Ukraine, les manifestations contre le pouvoir des militaires au Soudan ou la révolte sociale au Chili sont des exemples qui non seulement nous montrent des possibilités de nous organiser et de lutter collectivement. Elles soulignent aussi à quel point il est important, pour les mouvements sociaux, d’apprendre les uns des autres et de se soutenir mutuellement, en ces temps. Non seulement en dehors des murs, mais aussi dedans.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, nous avons assisté à des luttes farouches contre l’enfermement, qui nous rappellent que les personnes incarcérées sont les plus touchées par tout ce qui nous arrive. Des évasions des prisons brésiliennes et italiennes, des détenu.es qui mettent le feu à une taule en Thaïlande, des grèves de la faim sans arrêt, comme celle qu’on voit en Grece ou dans les camps de détention pour réfugié.es en Pologne sont des exemples du courage employé par des personnes en prison, dans le but de faire tomber les murs.

Dans toutes ces luttes, les idées et les valeurs anarchistes sont le carburant de la résistance collective. Sans surprise, la répression contre les anarchistes augmente et il y a plus que jamais besoin de solidarité. Le système de domination capitaliste peut fonctionner grâce à l’isolement permanent des gens, à la compétition sans fin, au fait que nos besoins et désirs véritables sont ignorés. Nous avons besoin de solidarité, au sein de nos cercles d’ami.es, au travail, dans les quartiers, dans nos communautés. Cela vaut pour celleux qui sont dehors et pour celleux qui sont à l’intérieur des murs des prisons.

Évadons-nous ensemble ! C’est pourquoi nous appelions à nouveau à une Semaine internationale de solidarité avec les prisonnier.es anarchistes. Faisons des actions en solidarité ! Écrivons des lettres, organisons des débats ou des projections de films, faisons en sorte que nos compas soient visibles dans la rue, par une banderole ou un tag et montrons-leur qu’iels sont dans nos cœurs et que nous combattons ensemble.

Souvenons-nous de celleux qui ont combattu contre cette injustice et qui ont payé de leurs vies.

Personne ne sera libre avant que tout le monde soit libre!

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Quelques nouvelles d’Ivan (16 août)

Voici quelques nouvelles d’Ivan, le compagnon anarchiste arrêté le 11 juin en région parisienne pour incendie et en détention préventive à la maison d’arrêt de Villepinte.

Il va bien. Après deux semaines en cellule seul, il est maintenant avec un autre détenu.

  • Pendant que le compagnon était en garde à vue, la SDAT a auditionné aussi sa compagne. Quelques semaines plus tard, ils ont convoqué pour interrogatoire aussi sa fille (de 12 ans) et la mère de cette dernière. Les flics voulaient interroger la jeune fille toute seule, mais sa mère a
    refusé de la quitter.
  • Le compagnon n’a pas encore eu accès au dossier de l’enquête. La remplaçante de la juge d’instruction justifie son refus avec le fait qu’Ivan n’a rien déclaré lors des interrogatoires. L’avocate fera appel de cette décision de la juge remplaçante.
  • Depuis le 19 juillet, le compagnon ne reçoit plus son courrier (a une exception près). C’est peut- être parce que la juge est en vacances ? Du coup, ne vous étonnez pas si vos lettres restent, pour l’instant, sans réponse. En tout cas, Ivan a toujours répondu à chaque lettre reçue.

Continuons à lui écrire et à montrer notre solidarité par tous les moyens nécessaires.

Vive le feu, vive l’attaque !

Son adresse:

Ivan Alocco
n. d’écrou : 46355
M.A. de Villepinte
40, avenue Vauban
93420 – Villepinte

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Une lettre de la cellule spéciale de l’hôpital de Lamia – Giannis Michailidis (Grèce)

Le texte ci-dessous, traduit de l’anglais, a été écrit par l’anarchiste grec Giannis Michailidis il y a deux jours, le 11 juillet, au 51ème jour de sa grève de la faim. On pourra lire un bref résumé de son histoire ainsi que sa déclaration initiale d’annonce de grève la faim ici en français, et des nouvelles actualisées régulièrement de sa situation ici en anglais.

Hier, la date de la prochaine séance qui doit décider de sa possible libération a été fixée au 25 juillet.


Le scorpion est un insecte qui diffère peu de ses espèces ancestrales, qui ont été parmi les premiers animaux terrestres, il y a des centaines de millions d’années. Il a été observé que les individus de cette espèce, lorsqu’ils sont piégés au milieu des flammes sans échappatoire visible, font une chose remarquable : ils retournent leur aiguillon contre eux et se suicident ! Un comportement qui n’offre aucun avantage sur le plan de l’évolution, puisque, avec l’infime chance que le feu s’éteigne, les animaux survivants pourraient continuer à se reproduire. Un comportement qui contredit la théorie selon laquelle les insectes sont des robots biologiques car ils présentent des comportements standardisés.

La façon la plus simple dont je peux expliquer ce comportement est que l’évolution de la vie ne construit pas des robots, mais crée des systèmes neuronaux pour le traitement de l’information et la prise de décision. Des modèles comportementaux récurrents émergent du fonctionnement complexe de circuits neuronaux auto-organisés, qui, dans la plupart des cas, favorisent effectivement un potentiel reproductif maximal. Ainsi donc, ces minuscules systèmes nerveux dotés de plusieurs ordres de grandeur de synapses neuronales de moins que notre cerveau produisent un comportement qui trahit les preuves de leur fonctionnement interne :

  1. Ces animaux ressentent la douleur, c’est-à-dire la douleur comme un stimulus que l’animal tente d’éliminer.
  2. Ces animaux ressentent la peur, c’est-à-dire la peur comme une projection mentale interne d’une situation future.
  3. Ils savent qu’ils possèdent un outil meurtrier avec lequel ils tuent leurs proies et se défendent de leurs prédateurs : le dard.
  4. Ils associent la sensation de douleur à leur corps lorsqu’ils pointent le dard sur eux.
  5. L’association de la douleur à la conscience de soi, puisque la douleur est une forme élémentaire d’état mental, et que la conscience est pensée sur pensée, constitue une forme primitive de conscience. La douleur est donc, en un sens, consciente.

Puisque l’anthropocentrisme de la majorité de notre société attribue les attributs mentaux ci-dessus exclusivement aux humains, on m’accusera probablement d’anthropomorphisme (vous me direz, de tout ce dont on vous a accusé, est-ce que ça vous a dérangé ?). Cependant, je n’attribue pas aux scorpions des caractéristiques qui ne sont pas déduites de leur comportement, comme la pensée rationnelle. Il est encourageant de constater que des recherches neuroscientifiques plus récentes suggèrent que l’architecture des circuits neuronaux associés à la fonction de conscience chez l’humain et les autres mammifères est détectable même dans le cerveau des insectes.

Quel est le rapport avec la situation actuelle ? Quelques centaines de millions d’années après l’apparition des scorpions, un être a marché sur la terre et a construit des structures de captivité permanentes pour les autres êtres vivants, y compris pour sa propre espèce : des cages et des gardiens.

De nombreux animaux intelligents en captivité cessent de manger et sont poussés à la mort (par exemple, parmi les dauphins capturés, peu survivent). D’innombrables personnes en captivité (depuis si longtemps que les origines en ont été oubliées), ont fait des grèves de la faim dans les prisons pour gagner leur liberté ou leur dignité. C’est l’équivalent d’un auto-centrage de la part d’êtres suffisamment intelligents pour tenter de trouver une issue à l’impasse. C’est pourquoi, de nos jours, la grève de la faim est internationalement reconnue comme un moyen de lutte historiquement puissant, notamment pour les prisonnièr·e·s.

Dans les circonstances grecques (où même la junte des colonels a reculé devant les grèves de la faim), les juges et procureurs modernes sont habités par une perspective différente. La majorité d’entre eux sont animés par des vues ultra-conservatrices et, après avoir causé une douleur indicible à des dizaines de milliers de prisonnièr·e·s qui ont été privé·e·s de leur liberté à long terme, ils travaillent pour une industrie de la torture retranchée derrière des mensonges évidents tels que le correctionnalisme. Comme des ouvriers d’abattoir, ou comme des pilotes de chasse bombardant les villes ennemies, ils ont tué en eux toute trace d’empathie et peuvent prendre leur déjeuner en se convainquant qu’ils font quelque chose d’utile. C’est pourquoi ils considèrent la grève de la faim comme un moyen de contester leur omnipotence et font preuve d’une tolérance zéro.

Comment interpréter autrement ce que les juges et les procureurs écrivent, jusqu’au 46ème jour de ma grève de la faim, lorsque la proposition du procureur de la cour d’appel pour ma libération a été émise ?

J’ai auparavant subi deux séances lors desquelles j’ai été jugé pour ce que les juges pensent que je ferai et j’ai été gardé en détention parce que je « risquais de commettre d’autres infractions ». Lors de la seconde, même eux ne m’ont pas posé une seule question, pas même sur les faits et ils ont juste émis une décision prédéterminée après 40 jours (dont 30 déjà en grève de la faim). Sans même une justification, il leur a fallu 40 jours pour écrire « conformément à la proposition du procureur, pour éviter toute répétition inutile ». J’ai été traité avec une indifférence provocante.

Face à cette misère, j’ai entamé une grève de la faim. Et dans l’annonce de son commencement, j’ai énuméré à la fois les actes arbitraires à mon encontre et les nombreux exemples où les juges ont ouvert grand les portes lorsqu’il s’agissait des enfants du système (flics – assassins, gardiens de prison – tortionnaires, fascistes, grands capitalistes).

Pendant ce temps, au milieu de ma grève, le tueur d’Alexandros, l’un des tueurs de Zack qui a passé autant de jours en prison que moi de jours en grève de la faim, et le violeur Filippidis ont été libérés par anticipation au motif improbable que les victimes potentielles ne risquent rien car il est maintenant connu pour ses actes et qu’elles l’éviteront. Et moi qui ai accompli les 3/5 de ma peine il y a 7 mois, « je n’ai pas encore été réhabilité car il ne s’est pas écoulé assez de temps » selon le raisonnement du ministère public ! Des meurtriers impénitents profitent de ce pour quoi je me suis battu pendant 50 jours au péril de ma vie, de ce à quoi j’ai droit depuis 7 mois, la liberté.

Le meurtre du chimpanzé qui s’est échappé de la prison pour animaux sauvages de Jean-Jacques Leshwar n’a apparemment aucun rapport avec cette affaire, mais il est pourtant pertinent. Je me demande si la « justice » grecque s’occupera d’un tueur en série et tortionnaire d’animaux sauvages ? Trop d’argent…

Quoi qu’il en soit, en ce moment, mon propre dard a déjà percé mon corps et répand du poison détruisant ses organes vitaux, probablement de manière irréversible. Mais il percera inévitablement, ne serait-ce que temporairement, l’ordre meurtrier qui soutient ce système d’asservissement et d’exploitation généralisée de la nature (humaine et autre)…

LA SEULE LUTTE PERDUE EST CELLE QUI N’EST JAMAIS MENÉE

LA LIBERTÉ OU LA MORT

11/7/2022,

Giannis Michailidis

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Lettre d’Ivan, « La solidarité c’est l’attaque ! »

Lettre d’Ivan depuis la maison d’arrêt de Villepinte. Il est en détention provisoire pour des incendis de voitures souvent revendiqués en solidarité avec des prisonnière.e.s anarchistes.

Il y a quelques jours, un message de soutien lui était envoyé depuis Bure.


15 . VI . 2022

Je m’appelle Ivan, je suis anarchiste.

J’ai été arrêté par la SDAT [sous-direction anti terroriste] samedi 11 juin, vers 3h30, pas loin de chez moi, alors que je rentrais.

Je suis inculpé de six incendies de véhicules qui ont eu lieu à Paris et Montreuil entre janvier et juin, souvent revendiqués en solidarité avec des prisonnière.e.s anarchistes (la dernière, la voiture d’une ambassade a été incendiée le soir de mon interpellation, dans le 17ème).

Pendant des mois, les flics ont mis en place des filature, des écoutes téléphoniques, ils ont installé une caméra dans l’entrée de mon immeuble, ils ont intercepté mon courrier (notamment les lettres des compas en prison) et regardé mon compte en banque.

Une autre personne (on se connaît seulement de vue mais il a toute mon estime) a été suivie, écoutée, etc. , aussi mais pas mis en cause. Courage, mon vieux !

L’enquête de la SDAT a commencé en février 2022 sur ordre de la procureure Laure-Anne Boulanger, du parquet de Bobigny.

Ils ont aussi sortis des tiroirs une autre enquête, classée, qui avait été menée par d’autres flics, sur une cinquantaine d’incendies de véhicules, revendiqués par les anarchistes, à Paris et environs, entre juin 2017 et 2021. La SDAT a « réunié les deux enquêtes, mais la juge d’instruction (Stéphanie Lahaye du tribunal de Bobigny) a retenu seulement les six dernières actions. Pour les autres, je suis « témoin assisté ».

En plus de « destruction par moyen dangereux », il y a aussi les accusations de mise en danger de la vie d’autrui, le refus de signalétique (photos, ADN, empreintes, ils ne me les ont pas prises de force, malgré les menaces), le refus de donner les clefs de chiffrement de mes ordinateurs et les mots de passe des téléphones.

En ce moment, je suis en détention préventive à la Maison d’Arrêt de Villepinte. Je suis en forme, je vais bien même si mes proches me manquent beaucoup.

Normal, c’est la taule, et il faut la mettre en compte, quand on est ennemi de cette société.

Le retour de promenade est le moment le plus dur, ici. C’est quand la porte se ferme jusqu’au lendemain. Mais je me tourne vers la fenêtre et regarde dehors. Là-bas, quelque part, des compas continuent à se battre. Rien n’est fini.

Dès que j’aurai d’autres informations sur cette affaire, j’en écrirai plus (je n’ai pas beaucoup d’autres choses à faire!).

Mes pensées vont aux anarchistes en prison, partout dans le monde : à Damien (en taule à Draguignan), à Alfredo, à Anna, à Juan, à Toby, à Giannis Michailidis en grève de la faim… et à vous tou.te.s, là dehors !

La solidarité c’est l’attaque !

Vive l’anarchie !

Ivan

Note : Ivan a laissé son nom et n° d’écrou pour qu’on puisse lui écrire en solidarité, voir dans l’image ci-dessus.

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11 juin 2022 : Journée internationale de solidarité avec Marius Mason et tou.te.s les prisonnièr.e.s anarchistes de longues peines

Ci-dessous, nous publions la traduction en français d’une déclaration publiée initialement sur june11.noblogs.org. Les notes de traduction, précédées par « NdT », sont de l’Anarchist Bure Cross.


Alors que le temps passe et que les saisons changent, nous approchons une fois de plus de la Journée internationale de solidarité avec Marius Mason et tou.te.s les prisonnièr.e.s anarchistes de longues peines. Une autre année s’est écoulée, et beaucoup de nos chèr.e.s camarades restent captives de l’État, soumis.es à son emprise quotidienne, à l’isolement et à la brutalité. Le 11 juin est le moment d’arrêter la course effrénée de nos vies et de nous souvenir.

Nous souvenir de nos camarades emprisonné.e.s. Nous souvenir de nos propres histoires de révolte. Nous souvenir de la flamme – parfois vacillante, parfois ardente – de l’anarchisme.

NOUS SOMMES TOUTES DES PRISONNIÈR.E.S POTENTIEL.LE.S

Avec le 11 juin, nous souhaitons approfondir une critique de la prison qui remet en question la distinction entre prisonnier et soutien. Pour nous, ces différences sont conditionnelles : en tant qu’anarchistes, nous nous considérons comme des prisonnièr.e.s potentiel.le.s. Certain.e.s d’entre nous l’ont été, certain.e.s d’entre nous le seront. C’est la base de notre solidarité – nous nous reconnaissons dans le sort de celleux qui sont en prison.

Le continuum entre prisonnier et soutien est clair si l’on se réfère aux exemples de camarades emprisonné.e.s ou anciennement emprisonné.e.s : l’activité de Marius Mason au sein de l’Anarchist Black Cross, la libération d’un prisonnier anarchiste par Bill Dunne, la tentative de Pola Roupa de faire s’évader des prisonniers anarchistes par hélicoptère, les actions de Claudio Lavazza pour libérer des prisonniers. Les liens s’approfondissent quand on sait que de nombreu.se.x prisonnièr.e.s anarchistes sont enfermé.e.s pour avoir attaqué les institutions carcérales, judiciaires et policières ; et que d’autres liens existent avec les soulèvements de prisonnièr.e.s, de la Californie et de l’Alabama à la Grèce et à l’Italie.

LA SOLIDARITÉ SIGNIFIE…

Nous avons toujours dit que « la solidarité c’est l’attaque », mais nous devons reconnaître que les slogans ne permettent pas d’avancer dans nos luttes. Si l’ « attaque » se limite à un ensemble restrictif d’activités, nous nous coupons d’une vision plus large de la lutte anarchiste. Si nous allons au-delà de la simple répétition d’actions fétichisées, quelles possibilités s’ouvrent à nous ? La solidarité c’est l’attaque, oui, mais qu’est-ce que c’est d’autre ?

Dans cette optique, nous aimerions faire une suggestion : au lieu de faire ce que vous faites d’habitude pour le 11 juin, essayez quelque chose de nouveau. Si vous avez l’habitude d’offrir une aide matérielle aux prisonnièr.e.s, lancez-vous dans une action contre un tentacule du système carcéral dans votre ville. Si vous avez l’habitude de sortir dans la nuit pour attaquer, essayez de faire quelque chose pour soutenir directement un.e prisonnièr.e anarchiste. Le but n’est pas de renforcer la fausse dichotomie entre l’action directe et le travail de soin, mais de remettre en question nos rôles figés. En essayant de nouvelles choses, nous remarquerons peut-être que les murs qui séparent le soutien dévoué.e de la saboteureuse dévoué.e ont toujours été illusoires, que notre imagination est plus vaste que nous le pensions, et que nous sommes individuellement et collectivement capables de plus que ce que nous croyons.

Au cœur de notre vision de la solidarité se trouve le maintien des liens qui nous relient à nos compagnon.ne.s derrière les barreaux. Nous devons maintenir en vie les projets, les combats et les mouvements auxquels iels ont sacrifié tant d’elleux-mêmes. Nos liens avec les prisonnièr.e.s anarchistes partent d’un point commun : nous partageons le désir de transformer directement le monde dans une direction libératoire et égalitaire. Ainsi, notre solidarité devrait prendre racine dans l’intégration des prisonnièr.e.s dans nos projets et dans notre investissement dans les leurs. Nous voulons que les anarchistes libéré.e.s sortent dans un monde de débats, de collaborations et d’actions vibrantes ; et nous voulons favoriser cela autant que possible derrière les murs de la prison également. Cela peut être aussi simple que d’envoyer des nouvelles des luttes locales à un.e prisonnièr.e ou d’imprimer des déclarations de prisonnièr.e.s à partager lors d’événements. Comme pour tout aspect de la solidarité, nous ne sommes limité.e.s que par notre imagination et notre engagement.

Si nous devons soutenir les luttes en prison lorsqu’elles ont lieu, nous devons veiller à ne pas faire peser sur les seul.e.s prisonnièr.e.s la charge de la lutte contre le système carcéral. Celleux qui sont en prison – dans des conditions de contrôle, de surveillance et de restriction extrêmes – sont à bien des égards les moins à même de mener activement des batailles gagnables contre les institutions carcérales. Celleux d’entre nous qui vivent dans une liberté relative ont la possibilité de réfléchir stratégiquement aux actions et aux points de lutte qui auraient l’impact le plus positif sur la vie des personnes en prison et qui contribueraient le plus à démanteler le système carcéral. Comme la prison est inexorablement liée à de nombreuses entreprises et institutions d’État, les ennemis sont partout : où pouvons-nous gagner ?

Soutenir les prisonnièr.e.s est également un moyen de faire converger différentes luttes, comme nous l’ont appris les dernières décennies. De la Black Liberation Army à l’Earth Liberation Front, en passant par les résistant.e.s aux grand juries [NdT: le grand jury est une institution judiciaire États-Unienne qui peut notamment forcer des personnes à témoigner, sous peine d’emprisonnement en cas de refus], les inculpé.e.s des révoltes anti-police et les défenseur.euse.s de la terre et de l’eau [NdT: en anglais water and land protectors, activistes issu.e.s de communautés autochtones d’Amérique du Nord], toutes les luttes de libération mèneront nécessairement à la répression et à l’emprisonnement par l’État. En construisant une infrastructure et une culture de soutien, en faisant de la prison un isolement et un éloignement moins complets, nous renforçons tous les aspects de la contestation de cette société. Et aussi nous nous retrouvons, nous apprenons les un.e.s des autres, nous nous enrichissons mutuellement.

MISES À JOUR SUR LES PRISONNIÈR.E.S

Marius Mason a obtenu son transfert, longtemps réclamé, dans une prison pour hommes, devenant ainsi sans doute le premier homme trans à obtenir un tel transfert dans le système pénitentiaire fédéral.

Les administrateurs des prisons italiennes ont commencé à censurer les correspondances d’Alfredo Cospito en octobre. Les autorités l’ont accusé d’incitation à commettre des crimes, citant ses écrits dans le journal anarchiste Vetriolo. Cette répression s’inscrit dans le cadre de l’opération Sibilla, au cours de laquelle la police italienne a effectué des descentes dans de nombreux espaces anarchistes et fermé des sites Internet en lien avec Vetriolo pour empêcher la publication et la diffusion de ses idées subversives.

Claudio Lavazza a reçu un rallongement de cinq ans à sa peine de vingt-cinq ans. Ses avocats tentent d’obtenir une libération conditionnelle anticipée.

Eric King est passé devant un tribunal fédéral pour des accusations liées à une situation dans laquelle il a été attaqué et torturé par le personnel de la prison en 2018. Le jury l’a déclaré non coupable et son équipe juridique dépose maintenant une plainte contre l’administration pénitentiaire. À l’heure où nous écrivons ces lignes, Eric est en cours de transfert et reste la cible d’un système pénitentiaire rancunier.

Michael Kimble a été agressé par un agent pénitentiaire en juin, puis placé à l’isolement avant d’être transféré. La libération conditionnelle lui a de nouveau été refusée, les raisons invoquées étant des avertissements disciplinaires pour refus de travailler et une altercation avec un agent pénitentiaire.

Sean Swain s’est également vu refuser la libération conditionnelle, ce qui, selon lui, constitue des représailles de la part du personnel pénitentiaire en raison des commentaires qu’il a faits et des poursuites civiles qu’il a engagées contre eux. Il a depuis été transféré de Virginie à l’Ohio State Penitentiary à Youngstown, dans l’Ohio. Ses soutiens pensent qu’il sera bientôt à nouveau transféré.

De plus en plus d’inculpé.e.s des révoltes de 2020 [NdT: aux États-Unis] sont condamné.e.s, certain.e.s ont été libéré.e.s et d’autres vont purger leur peine. Certain.e.s sont toujours en attente de jugement et risquent de longues peines. Les effets de cette répression se feront encore sentir pendant de nombreuses années. Puisse la qualité de notre soutien à ces inculpé.e.s nous rendre plus fort.e.s que nous ne l’étions auparavant.

Au Chili, l’anarchiste Joaquín García a été transféré avec plusieurs prisonniers subversifs à la prison de haute sécurité de Rancagua en juin dernier. En octobre, il a été attaqué avec 20 autres prisonniers par une cinquantaine de gardiens, après quoi il a été placé en isolement pendant 24 heures. Cette agression faisait suite à leur déclaration de solidarité avec Pablo « Oso » Bahamondes Ortiz, qui était accusé de transport d’armes et d’explosifs et a été condamné à 15 ans de prison. Francisco Solar, un autre anarchiste enfermé à Rancagua, a été hospitalisé l’automne dernier en raison de la progression d’un diabète non diagnostiqué. Accusé de multiples attentats à la bombe avec Mónica Cabellero, après que son ADN ait été subrepticement prélevé lors d’une arrestation pour graffitis, il est en détention préventive depuis juillet 2020. En décembre 2021, il a reconnu sa responsabilité dans des explosions visant des bâtiments de l’institution policière, en solidarité avec les révoltes qui ont commencé en 2019 et les personnes blessées et assassinées par la police, car « personne ni rien n’est oublié ». Quelques jours plus tard, Mónica s’est battue avec un autre prisonnier, ce que sa famille a qualifié de provocation montée par la prison. Au moment où nous écrivons ces lignes, aucune information n’est encore disponible sur la condamnation ou la date de libération de ces deux anarchistes.

Sergey Romanov, Igor Olinevich, Dzmitry Rezanovich et Dzmitry Dubovski ont été condamnés au début de l’année à 18-20 ans chacun pour des actions directes contre des cibles du gouvernement biélorusse après une incarcération préventive depuis 2019. Après la condamnation, il a été révélé qu’ils ont été torturés par des gardes, ce qui a entraîné des aveux. L’anarchisme étant criminalisé sous la dictature en cours, au moins deux autres groupes risquent plusieurs années chacun pour leur dissidence.

Les autorités russes ont condamné l’anarchiste Nikita Uvarov, un adolescent, à cinq ans de prison pour avoir conspiré en vue de faire sauter une représentation virtuelle d’un bâtiment du Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie dans Minecraft (oui, le jeu vidéo) et avoir fabriqué de petits feux d’artifice. Deux de ses camarades ont reçu des peines avec sursis pour leurs crimes présumés à l’âge de 14 ans. L’ABC de Moscou a signalé que la répression a augmenté (bien qu’il n’y ait pas de nouvelles procédures contre les anarchistes et les antifascistes là-bas) et iels ont commencé à réorienter des ressources vers des efforts humanitaires alors que la Russie poursuit son invasion meurtrière de l’Ukraine.

L’Anarchist Black Cross de Dresde s’est également réorientée vers le soutien aux personnes qui se battent en Ukraine ou qui fuient ce pays. Cette réorientation de leur soutien signifie qu’iels aident à financer des forces de solidarité comme « The Black Headquarter » qui a rassemblé des volontaires pour s’opposer aux forces russes et aussi pour tenter de créer un espace autonome en opposition à l’État ukrainien. Sous la bannière du drapeau noir, les anarchistes et les anti-autoritaires d’Europe de l’Est s’unissent contre les concepts de guerre et de paix des États-Nations. Il convient de noter que des sections de l’Anarchist Black Cross ont été créées en Ukraine en 1918 en tant qu’auxiliaires de la Black Army [NdT: aussi appelée Makhnovchtchina] qui combattait autant les forces soviétiques que tsaristes envahissant depuis la Russie.

En Angleterre, Toby Shone a été condamné à près de quatre ans d’emprisonnement pour détention de stupéfiants (lors de perquisitions coordonnées contre des espaces anarchistes collectifs) après que les accusations de terrorisme qui pesaient contre lui n’aient pas été retenues – il était accusé d’assurer la gestion du site de contre-information 325. Bien que le gouvernement n’ait pas réussi à lui reprocher ni l’appartenance au collectif 325, à la Fédération Anarchiste Informelle/Front Révolutionnaire International, à l’Earth et à l’Animal Liberation Front, ni la participation à des incendies criminels ou à des écrits en lien avec ces organisations, il doit quand même encore se battre contre un Serious Organised Crime Prevention Order qui le soumettrait à une assignation à résidence de cinq ans sous haute surveillance, illustrant l’évolution des pratiques d’incarcération par un appareil d’État de plus en plus numérisé.

EN AVANT

L’expansion de la détention et de la surveillance à domicile n’est pas nouvelle, mais elle continue de croître, à mesure que la société carcérale envahit davantage le quotidien grâce aux avancées technologiques. La guerre, elle aussi, devient de plus en plus numérique, des frappes de drones au piratage informatique, tandis que les meurtres approuvés par les gouvernements se poursuivent. Nous manquons peut-être de détails sur les anarchistes frappé.e.s ou emprisonné.e.s dans leur quête de liberté dans les luttes en cours au Soudan, en Afghanistan et en Syrie, mais iels font vibrer nos pensées et nos actions. Tandis que l’État persiste dans sa perfidie punitive, tuant et emprisonnant, nous trouvons un terrain d’entente avec celleux qui luttent dans un effort pour accroître notre pouvoir et déstabiliser ceux qui cherchent à nous contrôler – portant les mort.e.s et les emprisonné.e.s avec nous dans nos relations avec elleux et à travers un conflit permanent avec l’existant.

Pour des idées d’activités potentielles, consultez notre blog qui contient des années d’archives de communiqués. Celleux qui cherchent des documents à imprimer et à partager les trouveront sur la page Ressources. Et, le plus important : une liste de prisonnièr.e.s anarchistes à qui écrire.

Nous attendons avec impatience les événements, actions, déclarations et autres contributions au 11 juin de cette année.

Pour l’anarchie !

Publié dans General | Commentaires fermés sur 11 juin 2022 : Journée internationale de solidarité avec Marius Mason et tou.te.s les prisonnièr.e.s anarchistes de longues peines

Entretien de M.&M. enfermées dans des prisons pour femmes

Nous partageons un entretien radio qui a été réalisé par Grrradio avec 2 personnes enfermées dans des prisons pour femmes en France pendant 12 ans :

Pour l’écouter, le télécharger, le diffuser : https://archive.org/details/entretien-m-et-m


A la mi-octobre 2020, nous sommes descendu.e.s à trois vers le Pays-Basque pour rencontrer Marina et Maïté, voir où ça allait nous mener dans notre envie de créer un support radio anti-carcéral et féministe.

Notre point de départ en allant voir ces deux personnes était de chercher en quoi la taule a pour rôle de contraindre des individu.e.s à rentrer dans le droit chemin et qu’est-ce qu’il y a de spécifique à ça quand on est perçue comme une femme avec toutes les attentes genrées qui vont avec. Qu’est ce qui se joue quand on transgresse à la fois les lois de l’état mais aussi les normes attribuées au genre féminin ? Car une « bonne » femme n’est pas censé avoir des pratiques illégales, encore moins qu’un homme. Une « bonne » femme doit avant tout s’occuper du foyer, prendre soin des autres, être douce et prudente. Une « bonne » femme n’est tout simplement pas censée se retrouver en prison.

On pense donc que l’institution prison va tenter de réassigner les personnes au genre féminin attendu, comme le fait l’école par exemple avec les petites filles. On a demandé à Marina et Maïté de raconter ce qu’elles en ont perçu pendant leurs années en prison. Elles sont toutes les deux des meufs cis blanches qui ont été accusées de collaboration et participation à l’ETA, organisation politique qui lutte depuis les années 50 pour la libération du pays basque. Elles ont passé une douzaine d’années dans différentes prisons pour femmes de l’état français, et un petit peu en Espagne à la fin. Elles sont sorties en 2019. En tant que prisonnière basque, elles ont eu un grand soutien de l’extérieur par le mouvement indépendantiste basque, ce qui a joué dans comment s’est passée leur incarcération en terme de ressources matérielles et psychologiques.

Ça fait du bien d’entendre ces témoignages parce qu’ils rappellent que si la logique de la taule est celle de la destruction, que la brutalité et la méchanceté de celleux qui y travaillent cherchent à broyer les gens, il y a des choses qui échappent à leur contrôle. Elles nous parlent de la joie, des amitiés, de la solidarité et des luttes qui continuent dans la taule, et ça fait chaud au cœur.

L’entretien dure 1h30. Les thèmes abordés vont être :

– la pression à être une bonne mère ou une bonne femme tout comme il faut

– le contrôle des corps et de la sexualité en prison

– le travail et les activités genrées

– être perçue comme violente en tant que meuf et la psychiatrisation

– la solidarité entre prisonnières et à l’extérieur

– la mise en concurrence entre elles

Enfin, dans l’entretien, y a beaucoup les termes de « femmes » et « hommes » qui reviennent. On préférerait parler des personnes qui se retrouvent enfermées dans des prisons dites pour femmes ou pour hommes. On veut dire par là que toutes les personnes dans ces taules ne se reconnaissent pas forcément dans la case qui leur est attribuée. Qu’il y a des meufs trans dans les prisons pour hommes et des gars trans dans les taules pour femmes. Et qu’il y a aussi des personnes qui ne se reconnaissent pas dans cette binarité homme / femme. Et c’est bien là une des violences de la prison : te réassigner à la norme.

Pour nous faire des retours sur l’émission : grrradio@riseup.net

D’autres ressources radio :

• Femme et taule (3 épisodes) – Dégenré-e : http://www.radiorageuses.net/spip.php?article54

• A l’ombre de la taule – On est pas des cadeaux : http://www.radiorageuses.net/spip.php?article385

• Pour elles toutes. Femmes contre la prison » : Interview de Gwenola Ricordeau (partie I) – Lilith, Martine et les Autres : http://www.radiorageuses.net/spip.php?article1113

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