Affaire Daoudi : les conséquences ordinaires d’une assignation à résidence sans fin

Reportage de Radio Parleur

 

Quinze ans que Kamel Daoudi est son propre gardien de prison. Assigné à résidence depuis 2008, sa vie est comme en pause. Sa conjointe Sandra et leurs enfants pâtissent de cette situation, mais sont maintenu·es dans son ombre par la justice.

En 2005, Kamel Daoudi a été condamné pour appartenance à une « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Après avoir purgé sa peine, il est interdit de territoire français. La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) empêche cette expulsion, il est donc assigné à résidence à partir de 2008. Cela fait 15 ans que rien n’évolue, faisant de lui le plus vieil assigné à résidence de France.

La situation s’éternise, et sa conjointe Sandra ainsi que leurs enfants, qui en souffrent en premier lieu, n’en voient plus le bout. Iels ont donc introduit une énième requête devant la CEDH en 2018. Leur motif : où est le respect de leurs libertés fondamentales ?

« Je me considère assignée avec lui depuis 15 ans »

L’instance européenne a rejeté leur requête le 14 septembre dernier pour des raisons procédurales dans la mesure où iels n’ont pas épuisé tous les recours internes auprès de la justice française. Après avoir attendu cinq ans pour cette réponse, la pilule est dure à avaler.

Sandra, prise d’un sentiment de révolte, a décidé de commencer une grève de la faim et de la soif lundi 18 septembre dernier. Elle aura réussi à tenir quatre jours. Par cette action, le message est fort : elle en a assez qu’on ne mesure pas la douleur qui entoure cette “situation kafkaïenne” et qui déborde sur leur vie familiale. « Je me considère assignée avec lui depuis 15 ans » explique-t-elle. Sandra doit s’occuper d’un tas de choses, tient sa famille à bout de bras, finance tout, tandis que son mari ne peut pas travailler.

Comme l’explique Nicolas Krameyer, qui a longtemps été responsable du programme Libertés pour Amnesty France, « Le cas de Kamel Daoudi est symptomatique et exemplaire de l’érosion des garanties de l’état de droit et des libertés fondamentales en France ».

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